Coupé-collé : zoom sur l’art du collage Coupé-collé : zoom sur l’art du collage

Découvrez notre interprétation de ces œuvres à la fois espiègles et oniriques

Découvrez notre interprétation de ces œuvres à la fois espiègles et oniriques

Une touche d’humour, un brin de poésie et une bonne dose d’anachronisme : l’art du collage a le chic pour nous faire réfléchir. Jacques Prévert, lui-même adepte des collages papier, affirmait d’ailleurs qu’ils avaient la même fonction que sa poésie : « on peut faire des images avec de la colle et des ciseaux, et c’est pareil qu’un texte, ça dit la même chose. » À travers cette technique qui leur laisse une liberté infinie, les artistes s’amusent à nous surprendre en juxtaposant des éléments qui semblent opposés, créant ainsi un univers qui repousse les limites de notre imagination. Plongez dans une sélection de nos collages préférés, et surprenez-vous à rêver d’un monde nouveau.

Une vision critique de la société

L’art du collage doit son nom à une méthode de production originale : des images diverses et variées sont découpées et assemblées pour créer une nouvelle œuvre originale. Utilisant des coupures de journaux, des photos ou des publicités, les collages papier témoignent des tendances et des événements représentatifs d’une culture ou d’une époque. L’utilisation de matériaux du quotidien comble alors le fossé qui sépare l’image artistique du spectateur. L’image prend une dimension réelle, puisqu’elle se compose d’éléments tangibles.

Les œuvres de Frank Moth se penchent sur certains des défis auxquels nous sommes confrontés dans la société moderne. Il met l’accent sur des personnes qu’il représente par fragments. Dans son œuvre « Bloom », il choisit d’effacer un visage. Pour « Do », il gomme les bras de son sujet, et lui cache les yeux derrière quelques mots. Ces corps partiellement effacés symbolisent, à notre sens, le conflit intérieur qui fait rage chez bon nombre d’entre nous : la peur de se perdre dans la foule et de rester anonyme.

Alors que Frank Moth travaille principalement avec des outils numériques, Megan Archer découpe à la main de vieux journaux et magazines des années 70 et 80. Néanmoins, ces deux artistes partagent une approche thématique similaire. Les sujets de Frank Moth et de Megan Archer contrastent avec le contexte global de l’œuvre : leurs personnages semblent perdus dans le temps ou dans des endroits qui ne leur correspondent pas.

Comme la génération Y à laquelle ces images font parfois référence, ces personnages aspirent à une stabilité qu’ils ont du mal à obtenir. Sur un plan émotionnel et culturel, alors que les rôles traditionnels de chacun sont en perpétuelle évolution, ou en ce qui concerne les nouvelles technologies, qui deviennent souvent obsolètes au bout de quelques mois. Ce désir nostalgique de constance entraîne alors un sentiment de déséquilibre et une perception déformée du temps.

Coupures de mode

Le collage est aussi parfois utilisé pour présenter les tendances de mode actuelles. Les affiches de Gretchen Röehrs sont composées de croquis de mode créés de manière numérique, et de photos de fruits ou de légumes arrangés à la main. Le corps des femmes rencontre la robe artichaut ou le manteau de pêche, et l’œuvre illustre ainsi la double signification de l’expression « avoir bon goût ». À nos yeux, ces tenues faites de fruits et de légumes font ainsi référence à un retour au naturel dans l’industrie textile, où l’intérêt pour des matériaux et des processus de fabrication durables est grandissante.

Les tableaux de collage de Paste in Place sont tout autant influencés par les codes des tendances actuelles. En tant que concepteur de produits, Rodrigo Pinheiro, est quotidiennement confronté à de nouvelles modes, qu’il intègre habilement dans ses œuvres. Son dada ? Moderniser les icônes de la peinture classique en les plongeant dans des photos trouvées sur Instagram : la Vénus de Botticelli qui boit un café à emporter, la jeune fille à la perle dans son bain, ou Van Gogh dans un café branché.

Puzzle pop art

La vie quotidienne, la société de consommation, les médias, les publicités… Depuis les années 50, les artistes du pop art s’intéressent aux différentes dimensions de la culture de masse. Combinant des icônes de la pop et des acteurs actuels avec du matériel publicitaire des années 50, David Redon, directeur artistique à l’origine d’Ads Libitum, fait de même. Le résultat ? Des mashups de culture pop aux couleurs vintage, montrent Kanye West, Snoop Dogg et bien d’autres sous un jour nouveau.

Des rêves surréalistes

Mais tous les collages ne font pas référence à la réalité. Beaucoup jouent avec des scénarios oniriques ou dystopiques. Des éléments du quotidien sont associés, déformés, transformés et présentés dans des proportions absolument atypiques. C’est ainsi que naît un univers surréaliste qui dépasse les frontières du réel, et qui met à l’épreuve la perception du spectateur.

Ainsi, tout semble possible pour Mahría Coutinho : des tapis volants transportent les enfants dans les montagnes lointaines et les flamants roses pêchent dans les nuages. Les œuvres de Sofia Rood laissent aussi le monde réel de côté : un brin de fantaisie, quelques emprunts au monde cinématographique, et une pincée d’animaux sauvages sont associés à une bonne dose de fleurs et d’arbres luxuriants. Les œuvres de l’artiste portugaise rendent alors hommage à l’imagination enchanteresse des enfants.

À la fois sombres et délicats, critiques ou pleins d’espoirs, le monde de l’art du collage est aussi varié qu’il est profond. Laissez-vous inspirer par notre vaste sélection et trouvez les œuvres qui conviendront le mieux à votre personnalité.

Texte : Ina Schulze

Traduction : Caroline Lacaille 

 
 
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