Nous étions déjà fans de LEEMO et de ses œuvres si explosives et généreuses. Mais maintenant que nous l’avons rencontrée, c’est décidé : nous sommes tombés éperdument amoureux. Découvrez cette artiste, sa façon de voir les plantes, l’art, l'Orient et l'Occident.

Bonjour LEEMO, tu as grandi en Allemagne mais tu as aussi des origines afghanes. Raconte-nous un peu ton enfance ?

Mes parents sont originaires d’Afghanistan. Je suis née en Allemagne et j’ai grandi près de la mer Baltique. Enfant, j’étais assez du genre sauvage. Lorsque je n’étais pas affairée à peindre les murs ou les meubles de la maison, on pouvait toujours me trouver dehors, quelque part près de la plage.

En grandissant, l’un de mes plus grands challenges a été d’accepter que ma famille ne soit pas comme les autres. Nous avions des croyances différentes, une culture, des valeurs et des règles qui n'étaient pas celles des autres. Lorsque la guerre a éclaté en Afghanistan, tout ce que mes parents avaient pu connaître, possédé ou laissé là-bas a été enterré sous des décombres. Les membres de notre famille qui étaient encore à Kaboul ont dû fuir. On apprenait la mort de proches tous les jours. J’ai vite compris, même jeune, la chance que j’avais (et que j’ai) de vivre en Allemagne.

À l’époque, ma famille accueillait des réfugiés tous les jours. Nous avons parfois eu des enfants blessés par la guerre qui ne venaient en Allemagne que pour être soignés. Ils devaient la plupart du temps repartir une fois avoir reçu leurs soins. Ces rencontres ont eu un fort impact en moi et, pendant des années, je n’ai pas pu accepter combien la vie était injuste.

Tu as donc des racines en Europe comme au Moyen-Orient. Quelle est ta relation avec ces deux cultures et comment cela se reflète-t-il dans ton art ?

Les concepts d’identité et d’appartenance ont été des thèmes récurrents durant toute ma vie. Je ne me sens apparentée à aucune nation en particulier. C’est probablement parce que, à l’inverse de certains jeunes d’origine immigrée, je n’ai jamais vraiment fait partie d’une communauté spécifique. Je me sens juste humaine. Et je me sens connectée au monde entier, peu importe d’où ils viennent. Je suppose que c’est juste un moyen d’essayer de comprendre qui je suis. Quand j’étais ado, trouver un équilibre entre des cultures si opposées a été un certain challenge.

J’ai compris que les racines de mes états rebelles et toujours en colère venaient de mon héritage afghan fort en émotions. C’est la partie de ma personnalité qui est vivante et pleine d’énergie. Mon côté plus nordique, plus calme, est responsable de mon pragmatisme et de ma résilience. Je pense que le fait de vouloir toujours faire cohabiter les deux se voit beaucoup dans mon travail. Un côté sauvage, plein de couleurs et en mouvement, et un autre plus rationnel, plus monochrome.

Quel est ton endroit préféré à Hambourg ?

J’ai toujours aimé le Steindamm [rue célèbre d’Hambourg] depuis l’enfance. C’est coloré, sale, bruyant et multiculturel. Il s’y passe toujours quelque chose et je peux y acheter tout ce que mon cœur désire : des noisettes turques, des mûres afghanes, des dates perses, du yufka, du riz basmati délicieux, des kebabs à tomber par terre, des fruits et légumes de saison… Je deviens toujours complètement folle quand j’y vais, et c’est ce que j’adore là-bas.

Quel est ton outil de création préféré et pourquoi ?

J’ai un faible pour les papiers et crayons de toute forme et de toute taille. Je suis généralement plutôt minimaliste, mais lorsqu’il s’agit de papeterie je peux légèrement (d’accord, beaucoup) dépasser tout budget que je me suis fixé. Avant de partir en vacances, je fais le stock de toutes sortes de carnets de dessin, crayons et feutres. Ensuite je dois enlever la moitié de mes vêtements de ma valise pour essayer de faire rentrer le reste.

En tant que cyborg rudimentaire des premières heures, j’ai une relation encore plus intense avec mon iMac, mon Eizo et mon Wacom. J’accorde vraiment de la valeur à la technologie et j’apprécie toutes les opportunités qu’elle nous offre. Je pense que l’on pourrait éviter bien des disputes et des frustrations si l’on pouvait utiliser commande-Z et commande-S dans la vraie vie.

 

Certaines de tes œuvres sont très vivantes et colorées. D’autres plus minimalistes ou en noir et blanc. D’où viennent ces différences ?

Il y a toujours eu une certaine dualité dans ma vie : il y a le monde qu’il y a autour de moi, et il y a celui qui existe au sein des quatre murs de ma maison. Alors qu’ils peuvent parfois être très opposés, les deux ont joué un rôle essentiel dans la formation de ma réalité. C’est comme un fil rouge qui se dessine à travers ma vie. Je pense que j’ai toujours aimé aller et venir entre les deux, que ce soit dans la vie ou dans l’art.

Qu’est-ce que le futur prévoit pour toi ?

Je n’ai aucun plan vraiment établi, mais j’aimerais faire un saut en parachute bientôt. J’aimerais aussi enfin prévoir le voyage au Japon qui me fait du pied depuis si longtemps. Et je voulais devenir plus active au niveau des réseaux sociaux : j’ai été légèrement « antisociale » jusqu’à maintenant. De belles choses à l’horizon.

Merci, LEEMO !

 
 
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